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Projet de jeune(s)

Portraits de femmes musiciennes au Maroc

 

arondel.rebecca

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En quoi consiste le projet

Documentaire à la rencontre des femmes musiciennes au Maroc et en Espagne. 

Je souhaite pour ce documentaire m’intéresser à la pratique musicale des femmes de part et d'autre de la Méditerranée et comprendre comment elles évoluent dans un milieu, la musique, où les inégalités de genre sont partout. Les rencontrer chez elles, lors de concerts, dans la rue, dans des salles de répétitions, des écoles de musique, des associations. J’aimerais comprendre comment les freins à la pratique musicale des femmes s’expriment dans ce deux pays aux cultures très différentes et qui ne sont pourtant séparés que de 14,5 Km.
Comment, au Maroc, alors que la pratique de certains instruments comme le guembri est réservée aux hommes, les femmes réussissent à se faire une place sur la scène musicale ? La musique des femmes y est-elle encore conservée dans le secret des chaumières ou réussit t-elle à s’emparer de l’espace public ?
Comment en Espagne, pays qui apparait assez avancé sur la cause féministe, les femmes se positionnent-elles dans leur rapport à la musique ?
L’idée est de rencontrer ces femmes, ici et là, sans chercher à comparer les situations dans les deux pays. Simplement dresser des portraits de femmes qui sont musiciennes, aimeraient l’être mais ne le peuvent pas ou bien le peuvent mais rencontrent des difficultés. Certaines qui réussissent à vivre de leur art d’autres pas. Comprendre comment elles se lancent, se heurtent souvent à la dureté des sociétés patriarcales, quels mécanismes elles mettent en place face à cela, quelles solutions elles apportent.
Ce voyage sera aussi l’occasion pour moi de mieux comprendre mon rapport à la musique et pourquoi pas d’enfin oser sauter le pas, de chanter devant d’autres personnes, dans le habitations, les rues, les bars.

D’où est venue l’idée de ce projet

Je chante depuis toute petite, mes parents et mes frères ont toujours entendu ma voix résonner dans la maison. J’ai suivi des cours de guitare plusieurs années, ai été membre d’une chorale au collège, avant de prendre des cours de chant au lycée. Le chant m’accompagne à chaque étape de ma vie et occupe une place centrale dans mon quotidien (je ne passe pas une journée sans chanter). Et pourtant, je n’ai jamais osé chanter en public. Ce n’est pourtant pas l’envie qui manque.
J’ai souvent désiré prendre ma guitare, un micro et chanter dans la rue. Ou encore démarcher des bars pour y jouer quelques chansons. Partager des reprises à mes amis. Et jamais je ne l’ai fait. A chaque fois, la même petite voix revient dans ma tête : c’est de la folie, je n’ai pas plus de talent qu’une autre personne, j’ai mieux à faire.
Lorsque quelqu’un me demande si je fais de la musique je réponds « je chantonne par ci par là mais rien de bien sérieux ». Un ami m’a reprise récemment lorsque l’on m’a posé la question : « tu rigoles, tu fais de la guitare, tu chantes, tu ES musicienne ».
Et j’ai compris que oui je l’étais. Il n’y a pas de faux ou de vrai, de petit ou de grand musicien.ne. On l’est si on le veut, si cela fait partie de nous, de notre équilibre. Je comprends de plus en plus que je me délégitime dans ma pratique musicale. Je comprends aussi qu’inconsciemment, je me soumets à ce que la société attends de moi : « la musique c’est bien mais ce n’est pas un métier, d’abord les études ».
Je me mets des freins, j’étouffe ma voix alors qu’elle ne demande qu’à sortir. Et je me demande si mon genre n’aggrave pas les choses. Car oui, il est beaucoup plus difficile lorsqu’on est une femme de se sentir légitime. Soutenue. D’oser. De se faire une place dans la musique. Dans certains styles comme la musique traditionnelle ou la musique électronique, les femmes représentent une part infime des artistes. Partout, elles subissent des discriminations liées à leur genre.
Il suffit de regarder l’absence totale de parité dans la programmation des festivals de musique pour comprendre que les femmes sont d’emblée bridées dans leur art : 86% des artistes programmés dans les festivals de musique actuelle en France sont des hommes selon le centre national de la musique, le CNM (2019)
En Bretagne, sur le réseau Après Mai comprenant 8 lieus dédiés à la musique actuelle dont l’antipode et le jardin moderne, 82% des artistes sur scène sont des hommes (HF Bretagne, 2021).
Au jardin moderne, seulement 15% des artistes qui utilisent le studios de répétition sont des femmes. Peu de femmes osent former des groupes, alors qu’elles sont autant à apprendre la musique que les garçons. Et quand elles forment des groupes mixtes, elles sont souvent au chant ou dans les chœurs.
Souvent les femmes évoluant dans la musique sont confrontées au paternalisme des hommes et à des violences sexistes et sexuelles. Cela n’est pas une surprise. Le #MusicToo en 2020 avait permis de dénoncer plus largement le sexisme dans l’industrie musicale. Le site paye ta note recueille des centaines de témoignages de violences dans l’industrie musicale française.
Ajoutés à cela les nombreux témoignages de femmes dans l’industrie musicale qui dénoncent la domination masculine, des discriminations qu’elles subissent (cf la lettre ouverte de Pomme dans médiapart) je comprends qu’il y a un double enjeu :
- Les femmes s’autocensurent
- La société les censure
En clair, les femmes s’empêchent de faire de la musique par peur ne pas être assez bien, d’être jugée, par manque de légitimité. Et si elles souhaitent se lancer, elles vont en tant que femme devoir se battre beaucoup plus qu’un homme pour atteindre leurs objectifs.

C’est sur ces constat que de plus en plus d’initiatives naissent pour soutenir les femmes et minorités de genre dans leur pratique musicale. A Rennes, on peut citer les ateliers « salut les zikettes », « l’école de la boom », « apéro musiciennes » ou encore le girls rock camp au jardin moderne. Des sessions jams sont organisées en mixité choisie dans certains bars comme le penny lane.

Ces projets à l’échelle rennaise sont très encourageants et se développent aussi dans d’autres villes. Mais qu’en est-il dans d’autres pays ?

Quel est le public visé par ce projet

Ce documentaire s'adressera à toutes et tous. L'idée est de mettre en lumière le vécu des femmes musiciennes de part et d'autre de la Méditerranée, leurs projets, leurs combats et de sensibiliser aux inégalités dans les arts.