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Publié le 27 juillet 2022

L’Atlas, des Hauts et des bas





Du 29 novembre au 5 décembre, entre Marrakech et Taroudant.
“Je suis allé chez le barbier. J’en avais besoin pour la barbe, et pour moi-même. J’ai quitté Yassir vers 13h. Je suis allé manger vers Gueliz. Je me sentais perdu. J’ai quitté Marrakech sans regarder derrière moi, ni même devant d’ailleurs. Pris dans mes pensées, les yeux sur la route. Tout d’un coup je regarde au loin et il est là : le Haut Atlas. Je n’avais pas imaginé le voir d’aussi loin.” - 29/11/21 J:60 D:32 T:2842
Ceci est un extrait de mon journal que je rédige tous les soirs avant de m’endormir. Ce journal de bord me permet de garder des traces et m’aide ainsi à la rédaction de ces récits hebdomadaires. Mais c’est également un outil personnel utile au bon déroulement du voyage. Lorsqu’on a littéralement la tête dans le guidon, il est difficile de prendre du recul sur ce que l’on vit. Avec l’écriture je peux mettre noir sur blanc mes états d’âmes. En formalisant tous les jours ce que je fais, ce que je pense, ce que je ressens, je mobilise mon attention sur les événements que je traverse. Je suis plus à l’écoute de moi-même et de ce qui m'entoure. Et cette pratique m’est vite devenue indispensable. 



Ainsi en s’approchant du massif montagneux, que je perçois comme une épaisse bande sombre à l’horizon, je réalise que le moral n’est pas vraiment là. Pour tout vous dire, je lâche même quelques larmes en pédalant. Dans ces moments de doute les questions m’assaillent. Non pas à propos du voyage-projet, mais bien à propos de moi. En suis-je vraiment capable ? Vais-je pouvoir gravir ce relief ? Vais-je pouvoir écrire ce reportage ? Mais finalement je me ressaisis et j’avance. Ça passe, toujours.
J'amorce tout de même cette montagne motivé, car c’est une des choses que j’adore dans le vélo ; la grimpe. Je me retrouve plus tôt que prévu dans la commune rurale d’Asni. Si la tête n’est pas au top, les jambes, elles, assurent. Malgré le poids de mon chargement je vais à bonne allure et j’arrive plus tard dans la journée à Taddart Moulay Brahim. Ce petit village se situe au beau milieu d’un vaste plateau baigné de soleil et aux extrémités ondulées : le plateau du Kik. C’est là que je vais passer deux jours et deux nuits, en compagnie d’Emilie et Julien. Deux rencontres que j’ai faites sur la Mer Méditerranée il y a déjà un mois de ça. 

Emilie vit ici l’hiver dans son camion et tient FlyMarrakech, un business de vol en parapente. Julien lui est là pour un stage et souhaite voler en solo. L’occasion est trop belle. Mon baptême de l’air aura lieu le lendemain. C’est avec Hassan que je vole pour la première fois. Un vol de 35 minutes, très doux. On plane sur les bords du plateau avec le Haut Atlas en fond d’un côté, et la plaine du Haouz de l’autre. Un régal pour les yeux. 



Jeudi je me remets en route les bagages bien rangés et l’esprit plus léger. La météo se rafraîchit, les villages rétrécissent. Les paysages quant à eux sont magnifiques. Il faut imaginer des montagnes rocheuses aux teintes ocre, gris, rouge. Seuls quelques arbustes parsèment ses pans inhabités. A contrario la large vallée est généreusement végétalisée par les cultures et les arbres vert et jaune. Elle tient sa fertilité de la rivière asséchée qui y passe, où coule malgré tout un petit ruisseau clair comme de l’eau de roche. Enfin, en arrière plan un pic enneigé plus haut que tout le reste admire la vue dans un silence reposant. 

Le lendemain est un jour d’ascension. L’objectif est d’atteindre le col de Tizi n’ Test à 2100 mètres, avec 1800 mètres de dénivelé positif. J’aimerais pouvoir gagner 100 mètres en 10 secondes comme en parapente, mais Marcel est bel et bien plaqué au sol. En dépit des nombreux arrêts que je fais, comme la brève visite de la mosquée de Tinmel, j’avance à un bon rythme. De temps en temps, je me retourne pour voir le chemin parcouru et admirer cette longue route qui cisaille la montagne avec ses nombreux virages. Et j’ai alors qu’une seule envie ; monter plus haut encore pour voir ce que cela donne.


C’est alors que l’effort devient de moins en moins pénible, et que mon plaisir s'accroît de plus en plus. Sur les derniers kilomètres j'éprouve même des sensations comme jamais je n'ai eu sur un vélo. Le soleil donne juste en face et me réchauffe le visage de ce froid pourtant pas désagréable. Les rayons lumineux viennent gentiment m'éblouir comme si j'étais dans un rêve. Je ne sens plus mes jambes. Je ne pense à rien. Je suis pleinement dans le moment présent. Une inattendue et profonde sensation de bien-être parcourt tout mon corps et mon esprit. Je ne sais pas vraiment d'où ça vient mais c'est excellent !

J'arriverai finalement juste à temps pour voir disparaître le soleil derrière un énième relief au loin. Un ciel orange-violet dont je n'arrive pas à me lasser donne sur la plaine du Souss en contrebas. Je vis des choses incroyablement belles et des moments particulièrement difficiles. C’est ça que de s’engager dans une telle aventure. Il y a des hauts et des bas. Et l’amplitude est gigantesque. 

Passage des 3000 kilomètres dans la descente le jour d'après. Vers 18h30 je m'arrête à un croisement sur l'axe principal qui mène à Taroudant. Un homme à l'arrière d'un pickup me fait un signe en s'éloignant dans une petite route perpendiculaire. Je décide de le suivre pour voir où ce signe m'amènera. Finalement ça sera chez la grande et chaleureuse famille Namouss. 

Au matin j'apprends le décès de Pierre Rabhi, un grand homme. On me propose d'aller visiter le pressoir artisanal d'huile d'olive. Je ne refuse pas et passe toute la journée du dimanche avec ce cher Abdeslam Namouss. Il me fait visiter son jardin et sa nouvelle bâtisse avec passion. Il me parle aussi de sa mère, et du devoir infini que chaque enfant à envers ses parents. Comment ne pas faire la connexion entre ces deux hommes. Au-delà de la ressemblance physique qui est flagrante. Ils prônent tous deux des valeurs humanistes et respectueuses de notre terre. La Terre-Mère. Une bien belle coïncidence que je n'oublierai pas. -



 

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